Le marché est l'une des grandes institutions de la vie française. Chaque ville et la plupart des quartiers des grandes villes en ont au moins un par semaine ; dans les villes plus importantes, les marchés quotidiens sont courants. Le marché est l'endroit où l'on achète les meilleurs produits, le meilleur fromage et la meilleure charcuterie — et où une conversation de cinq minutes avec un maraîcher t'apprend plus de français pratique qu'une semaine de cours.

Le vocabulaire est spécifique, informel et rapide. Voici ce qu'on entend et ce qu'on dit.

Ceci est la version monolingue : chaque terme est expliqué en français, sans traduction, pensée pour les apprenants à partir du niveau B1. Si le français est ta langue maternelle, tu retrouves le même article avec traduction en anglais, allemand, italien, espagnol et portugais.

Les étals et les marchands

Marché — le rassemblement de marchands, à jour et lieu fixes, où l'on achète des produits frais. Le marché couvert occupe un bâtiment permanent et ouvre presque tous les jours ; le marché de plein air se monte sur une place au petit matin et disparaît vers treize heures. Comme l'école ou le bureau, il se dit sans préciser lequel : « je vais au marché » suffit.

Maraîcher / Maraîchère — la personne qui vend des fruits et légumes qu'elle a souvent produits elle-même.

Fromager / Fromagère — le marchand de fromages. Sur un marché, c'est lui qui décide du degré de maturité de ce qu'il vend, et c'est pour cela qu'il te demandera pour quel jour tu veux ton fromage. Ne confonds pas le fromager, la personne, et la fromagerie, la boutique : l'étal, lui, se désigne simplement par « chez le fromager ».

Charcutier / Charcutière — un vendeur de charcuterie (saucisson, pâté, jambon, etc.).

Boulanger / Boulangère — celui qui fabrique et vend le pain. Le titre est protégé en France : ne peut s'appeler boulanger que celui qui pétrit et cuit sur place, ce qui exclut les simples dépôts de pain. Sur un marché, l'étal vient en général de la boulangerie du quartier.

Poissonnier / Poissonnière — le marchand de poissons et de fruits de mer. C'est l'étal où l'on te posera le plus de questions, parce que la préparation se décide au moment de l'achat : vidé, écaillé, en filets, avec ou sans la tête. Dis-le avant la pesée, pas après. Curiosité utile : une poissonnière désigne aussi la longue casserole qui sert à cuire un poisson entier.

Boucher / Bouchère — le marchand de viande de boucherie : bœuf, veau, agneau, porc. Il se distingue du charcutier, qui vend le porc déjà transformé, et du volailler, qui vend la volaille — trois étals différents sur un grand marché. À l'usage, on lui annonce rarement un poids : on donne l'usage et le nombre de convives, « pour un rôti, pour quatre personnes », et c'est lui qui choisit la pièce.

Volaille — l'ensemble des oiseaux d'élevage destinés à la table : poulet, canard, pintade, dinde, chapon. C'est un collectif féminin qui reste au singulier dans le commerce : on achète de la volaille, pas des volailles. Celui qui la vend est le volailler (la forme volailleur s'entend, mais le métier retient volailler).

Primeur — deux sens à ne pas confondre. Au pluriel, les primeurs sont les premiers fruits et légumes de la saison, ceux qui arrivent en avance et se paient cher. Au singulier, un primeur est le commerçant qui vend fruits et légumes — et c'est là que la nuance compte au marché : le primeur achète sa marchandise pour la revendre, tandis que le maraîcher vend ce qu'il a cultivé lui-même. Le mot qui tranche vraiment est revendeur : il désigne explicitement celui qui s'approvisionne au marché de gros et n'a rien produit. Sur un étal, seules les mentions Producteur ou Vente directe t'indiquent que tu achètes à celui qui a fait pousser les légumes.

L'échange

C'est à qui ? — À qui le tour ? Cette formule indique que le vendeur est prêt pour le client suivant.

C'est à moi. — C'est mon tour.

Qu'est-ce qu'il vous faut ? — la façon dont le vendeur t'invite à commander. La construction est impersonnelle, il faut accompagné d'un pronom complément, d'où la réponse symétrique : « il me faut... ». Au même moment, tu entendras aussi « je vous sers ? », « ce sera ? » ou « et pour vous ? ».

Je voudrais... — la formule de commande par défaut. C'est le conditionnel de vouloir, et c'est lui qui rend la demande polie : au présent, « je veux » est brutal et ne se dit pas à un commerçant. Enchaîne directement avec la quantité, « je voudrais une livre de tomates ».

Donnez-moi... — l'impératif direct, parfaitement poli au marché dès lors que s'il vous plaît suit. Le rythme d'un étal est rapide et la formule fait gagner du temps ; elle passerait beaucoup moins bien dans une boutique ou au restaurant.

Il me faudrait... — la plus douce des trois formules : conditionnel et tournure impersonnelle, si bien que la demande semble venir de la nécessité plutôt que de toi. Très courante chez les habitués, et pratique quand tu hésites encore sur la quantité.

Je cherche... — s'emploie quand tu ne vois pas le produit sur l'étal, et non pour commander. « Je cherche des girolles » ouvre la porte à une réponse utile — « pas encore, revenez la semaine prochaine » — là où « je voudrais des girolles » suppose qu'il y en a.

C'est tout ? — le vendeur vérifie que ta commande est terminée. On répond « c'est tout, merci » ou « non, il me faudrait aussi... ». Dans une autre bouche et avec une autre intonation, c'est tout ? signifierait « si peu ? » : au marché, c'est toujours le vendeur qui la pose.

Avec ceci ? — Autre chose ?

Et avec ça ? — Pareil : « Et avec ça ? »

C'est pour combien de personnes ? — question posée par le fromager, le poissonnier, le boucher et le traiteur, qui coupent à la demande. Répondre par un nombre est plus efficace que d'annoncer un poids : « pour quatre » suffit, et le vendeur ajuste. Si tu tiens à une quantité précise, dis-le tout de suite, avant qu'il ne coupe.

Les quantités

Un kilo de — l'unité de base du marché. Après une expression de quantité, le nom se construit avec de seul, sans article : « un kilo de pommes », jamais « un kilo des pommes ». Un demi-kilo est correct mais s'entend peu ; on dit plutôt une livre.

Une livre de — cinq cents grammes. L'unité a quitté le système légal il y a deux siècles et reste pourtant vivante sur les marchés, où elle se dit plus vite que « cinq cents grammes ». Une demi-livre vaut donc 250 g. Ne la confonds pas avec la pound anglo-saxonne, qui fait 453 g : ici, une livre est un demi-kilo rond.

Deux cents grammes de — 200 grammes de...

Une barquette de — la petite boîte ouverte, en plastique ou en bois, dans laquelle se vendent les fruits fragiles : fraises, framboises, myrtilles, tomates cerises. C'est un contenant, donc une quantité déjà fixée — tu prends la barquette entière, contrairement à ce qui se pèse.

Un bouquet de — un petit ensemble d'herbes liées ensemble et vendu tel quel : persil, coriandre, menthe. À distinguer du bouquet garni, qui est un assemblage de thym, laurier et persil destiné à cuire dans un bouillon puis à être retiré.

Une botte de — un lien de légumes longs attachés ensemble : poireaux, asperges, carottes fanes, radis. La frontière avec le bouquet tient au produit et non à la logique — on dit une botte de radis mais un bouquet de persil, et cela se retient plus que cela ne se déduit. Aucun rapport avec la botte qu'on met au pied.

Juste un peu — sert à freiner le vendeur pendant qu'il sert : il verse ou il coupe jusqu'à ce que tu parles. S'emploie seul, sans verbe. Pour une très petite quantité, « un tout petit peu ».

Un peu plus — demande d'ajouter, une fois la quantité déjà sur la balance. Le comparatif se suffit à lui-même : inutile d'ajouter que, la référence est ce qui se trouve déjà sur la balance.

Un peu moins — l'inverse, et la plus utile des deux : le vendeur sert généreusement et attend que tu le retiennes. Dis-le pendant qu'il sert et non après la pesée, car une fois pesé et emballé, on ne revient pas dessus.

Comme ça ? — le vendeur montre la portion avant de couper ou de peser et attend ton accord. On répond « très bien », « un peu plus » ou « un peu moins ». C'est le seul moment où la quantité se corrige sans gêne, donc réponds vite.

C'est bien comme ça. — C'est très bien comme ça.

Pouvez-vous en mettre un peu moins ? — Pourriez-vous en mettre un peu moins ?

Les produits

Légumes — les végétaux qu'on mange salés, crus ou cuits. Masculin, et presque toujours au pluriel dans le commerce. Attention au faux ami : un légume n'est pas l'anglais legume, qui se dit une légumineuse — lentilles, pois chiches, haricots secs.

Fruits — les végétaux sucrés qu'on mange crus ou en dessert. Le t final ne se prononce ni au singulier ni au pluriel. Ne t'étonne pas de trouver tomates, courgettes et aubergines rangées avec les légumes : le classement du marché est culinaire, pas botanique.

Herbes aromatiques — herbes fraîches. « Vous avez du basilic / du thym / du romarin ? » — Avez-vous du basilic / du thym / du romarin ?

Salade — laitue / feuilles de salade.

Poireaux — légume long à feuilles vertes et à pied blanc, vendu en botte. Singulier un poireau, pluriel en -x. Le blanc et le vert ne se cuisinent pas de la même façon, et « ils sont bien blancs ? » est une question tout à fait normale à l'étal : le blanc est la partie tendre.

Courgettes — légume vert allongé, féminin. Les petites valent mieux que les grosses, ce que le vendeur te dira si tu hésites. La fleur de courgette, vendue à part au printemps, est un tout autre produit, et bien plus cher.

Aubergines — légume violet à chair blanche, féminin. Le mot de la fraîcheur est ferme : une aubergine molle au toucher est vieille. Mais avant de la palper, souviens-toi que sur beaucoup d'étals le client ne se sert pas lui-même — on montre et le vendeur prend. Un « je peux ? » évite l'impair.

Champignons — le terme générique. Employé seul, sans précision, il désigne les champignons de Paris, blancs et cultivés ; tout le reste se nomme par son espèce — girolles, cèpes, pleurotes, morilles — et se paie bien plus cher. Demander « des champignons » à un étal de saison te vaudra donc la question « lesquels ? ».

Tomates — féminin. Sur un marché, elles se vendent par variété plutôt que sous le seul mot générique : cœur de bœuf pour les grosses et charnues, grappe pour les rondes ordinaires, ancienne pour les biscornues et parfumées. Précise l'usage — « pour une salade », « pour une sauce » — et le vendeur choisira à ta place, mieux que toi.

Fraises — féminin, vendues à la barquette plutôt qu'au poids. La saison va d'avril à juin ; celles qui apparaissent en décembre viennent de loin. Les variétés se nomment et se demandent : gariguette, allongée et acidulée, mara des bois, très parfumée.

Cerises — féminin. La saison est courte, de mai à juillet, ce qui explique le prix. Hors du marché, la saison des cerises désigne aussi, par image, un moment bref et heureux.

Pêches — féminin. Trois formes se croisent sur les étals : la pêche jaune, la pêche blanche, plus parfumée et plus fragile, et la nectarine, à peau lisse. Homonyme à connaître : la pêche est aussi l'activité qui consiste à prendre du poisson, et « avoir la pêche » veut dire être en forme.

De saison — qui pousse en ce moment et dans la région. C'est le critère qui commande tout le reste : le prix, le goût et ce que le vendeur te conseillera. Deux questions fonctionnent, « c'est de saison ? » et, plus ouverte, « qu'est-ce qui est bon en ce moment ? » — la seconde te vaut un vrai conseil là où la première n'appelle qu'un oui.

Bio — biologique.

Local / du coin — produit dans la région. Du coin est la variante familière, et de loin la plus employée à l'oral. Ni l'un ni l'autre n'est un label contrôlé : contrairement à bio, personne ne vérifie, d'où l'utilité de la question suivante.

C'est de chez vous ? — C'est de votre ferme / vous l'avez cultivé vous-même ?

Produit fermier — produit de la ferme.

Fromage et charcuterie

« Je voudrais un morceau de ce fromage, s'il vous plaît. » — la formule qui évite d'avoir à nommer le fromage : tu montres et tu dis ce fromage-là. Personne ne s'attend à ce que tu connaisses les noms, et le geste fait partie de l'échange.

« Quel est ce fromage-là ? » — sert à faire nommer ce que tu as désigné du doigt. Le -là accroché au nom est ce qui rend le geste précis quand plusieurs fromages se ressemblent ; sans lui, la question reste vague.

« Il est fort ou doux ? » — la paire d'adjectifs qui classe les fromages à l'oral : fort pour ce qui a du caractère, doux pour ce qui n'en a pas. On dit aussi corsé et crémeux. Évite piquant, qui parle du poivre et non du fromage.

« Fait maison » — fait sur place. Un bon signe chez un charcutier.

« Un peu affiné, un peu moins affiné ? » — Plus affiné, moins affiné ? (Le fromager te demande ta préférence en matière de maturité.)

« Il est à point. » — Il est parfaitement mûr / à point.

Tranchée — coupé en tranches fines, à la machine. L'accord explique la forme : tranchée pour une pièce féminine, tranché pour un jambon ou un saucisson. À l'étal, on dit simplement « tranché, s'il vous plaît », et la question qui suit porte sur l'épaisseur, fin ou épais.

Entier — non coupé, en un seul morceau. S'oppose à tranché pour la charcuterie et à râpé pour le fromage. Un saucisson acheté entier se conserve bien mieux qu'en tranches, argument que le charcutier avancera si tu hésites.

En bloc — en morceau entier (plutôt que tranché).

Le paiement

C'est combien ? — la question de prix courante à l'oral, posée avant l'achat. La forme soignée serait « combien est-ce que ça coûte ? ». Souviens-toi que les prix sont affichés au kilo : la réponse porte souvent sur le kilo, pas sur ce que tu emportes.

Combien je vous dois ? — la question de la fin, une fois tout pesé : elle demande le total à payer, là où c'est combien ? demandait un tarif. Le verbe est devoir au présent, et l'absence d'inversion est la marque de l'oral — à l'écrit, ce serait « combien vous dois-je ? ».

Je n'ai pas de monnaie.la monnaie, ce ne sont pas les fonds en général mais les pièces et les petites coupures, et par extension ce que le vendeur te rend. C'est le faux ami classique : l'anglais money se dit l'argent. La phrase prévient que tu paies avec un gros billet, et la réponse habituelle est « vous n'avez pas plus petit ? ».

Vous acceptez la carte ?la carte désigne ici la carte bancaire, sans autre précision. Beaucoup de petits étals restent au liquide ou fixent un minimum d'achat pour la carte, alors prévois des espèces. Question voisine et utile : « vous avez un minimum ? ».

Le marché est la salle de classe la plus rapide et la plus agréable pour le français pratique. Le vocabulaire ci-dessus est celui qui te permettra de devenir un habitué — le genre de client que le fromager reconnaît et traite bien.


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