Rester en Turquie au-delà de la durée autorisée sans visa suppose une ikamet izni, le titre de séjour. La démarche passe par la Göç İdaresi, la direction des migrations. Le service est bien organisé, mais d'un formalisme sans pitié : un papier manquant ne déclenche pas une question, il déclenche un nouveau rendez-vous.

Deux choses surprennent régulièrement les nouveaux arrivants. D'abord, le rendez-vous se prend en ligne, et c'est le système qui l'attribue, pas toi. Ensuite, ton bail ne vaut rien en l'état. Il doit être authentifié par le noter, le notaire, ce qui coûte du temps et de l'argent que peu de gens ont anticipés.

Un mot sur la prononciation. Le turc s'écrit comme il se prononce, ce qui simplifie beaucoup les choses. Le c se dit « dj », le ç « tch », le ş « ch », et le ğ allonge la voyelle qui le précède sans se prononcer lui-même. Le ı sans point est un son sourd, prononcé au fond de la bouche, sans équivalent en français : la transcription le rend par « eu », mais ce n'est qu'un pis-aller. En revanche, tu pars avec un avantage réel que peu de langues t'offrent. Le ü turc est presque exactement le u français de « rue », et le u turc est notre « ou » de « nous ». Deux voyelles qui bloquent la plupart des apprenants sont déjà dans ta bouche. Le ö turc, lui, est le eu de « peur ». Dernier réflexe à prendre : en turc, le s est toujours dur, jamais un z.

L'administration et le chemin qui y mène

Göç İdaresi (gueutch idarès-si) : la direction des migrations. Le nom officiel est plus long, mais tout le monde dit celui-là.

Randevu (rann-dé-vou) : le rendez-vous. Emprunté au français, donc gratuit à retenir.

e-Devlet (é-dèvlèt) : le portail public en ligne. Pratiquement toute démarche administrative commence ici, et sans accès tu es en Turquie étonnamment démuni.

Nüfus Müdürlüğü (nu-fouss mu-dur-lu-u) : le service de l'état civil et de la population. Compétent pour les données d'adresse et les cartes d'identité.

Sıra numarası (seu-ra noumaras-seu) : le numéro d'attente.

Görevli (gueu-rèv-li) : l'agent, la personne compétente au guichet.

Tes documents

Pasaport (pas-sa-port) : le passeport.

Yabancı kimlik numarası (ya-ban-djeu kimlik noumaras-seu) : le numéro d'identification des étrangers, abrégé en YKN. Il commence toujours par 99, et à partir du moment où tu l'as, c'est le chiffre le plus important de ta vie dans le pays.

İkametgah (i-ka-mèt-gah) : le domicile, et par extension l'attestation de domicile dans le langage administratif.

Kira sözleşmesi (kira seuz-lèch-mès-si) : le bail. Pour la demande, il te le faut sous la forme noter tasdikli kira sözleşmesi, c'est-à-dire authentifié par un notaire.

Noter (no-tèr) : le notaire. Une figure centrale de la vie courante turque, bien plus présente que son homologue français, dont on ne croise la route qu'aux grandes occasions.

Yeminli tercüman (yéminli tèr-djuman) : le traducteur assermenté. Les actes délivrés dans ton pays d'origine réclament en général une traduction certifiée.

Apostil (a-poss-til) : l'apostille. Fais-la faire dans ton pays d'origine avant de partir. Après coup, l'affaire devient laborieuse.

Sağlık sigortası (sâ-leuk sigortas-seu) : l'assurance maladie. Un justificatif de couverture conditionne la délivrance du titre de séjour.

Biyometrik fotoğraf (biyométrik fotôraf) : la photo d'identité biométrique. Emportes-en plus que le nombre demandé.

Les démarches

Başvuru (bach-vou-rou) : la demande, le dépôt de dossier.

İkamet izni (i-ka-mèt iz-ni) : le titre de séjour. Dans la langue de tous les jours, beaucoup disent simplement oturma izni, littéralement « permission de s'asseoir ».

Uzatma (ou-zat-ma) : le renouvellement.

Harç (hartch) : la taxe, les frais de dossier.

Belge (bèl-gué) : le document. Evrak (èv-rak) désigne la pile entière.

Fotokopi (fotokopi) : la photocopie. Ici aussi : plus que tu ne le crois.

İmza (im-za) : la signature.

Onay (o-naï) : la validation, l'accord.

Les mots que tu n'auras j'espère pas à utiliser

Eksik evrak (èk-sik èv-rak) : dossier incomplet.

Reddedildi (rèd-dé-dil-di) : rejeté.

İtiraz (i-ti-raz) : le recours.

Vize ihlali (vi-zé ih-la-li) : l'infraction aux règles de visa.

Sınır dışı (seu-neur deu-cheu) : l'expulsion. Littéralement « au-delà de la frontière ».

Tekrar gelin (tèk-rar gué-linn) : « revenez une autre fois ». La phrase que personne ne veut entendre.

Pourquoi cela vaut mieux qu'une appli de traduction

Les cours de turc pour francophones ne manquent pas, et presque tous commencent par la vie de café. Ce n'est pas une erreur, mais cela ne te prépare pas à la matinée où se joue ton droit de rester. Ce vocabulaire-là est spécifique, il revient à l'identique à chaque renouvellement, et il ne figure dans aucune méthode.

Une appli de traduction ne comble pas l'écart. Elle traduit une phrase que tu lui dictes, à condition d'avoir compris la question. Au guichet, ce qui manque n'est pas la traduction mais la reconnaissance immédiate : entendre eksik evrak et savoir sur-le-champ que la matinée est perdue vaut mieux que de le découvrir trois échanges plus tard.

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